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Madrid développe un nouveau modèle

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"Soli­da­rité, parti­ci­pa­tion, créativité" ont été les fils conduc­teurs de l’Atelier projet urbain orga­nisé à Madrid sous l’égide du ministère de la Cohésion des terri­toires (DGALN), les 18 et 19 octobre. La capi­tale espa­gnole est précisément "une ville qui cherche à faire de la cohésion des terri­toires"», souligne Paul Delduc, direc­teur général de l’aménage­ment, du loge­ment et de la nature. "Elle se distingue par une démarche parti­ci­pa­tive très forte – seconde nature de la muni­ci­pa­lité – et par l’encou­ra­ge­ment à la créativité, tout en ayant réussi à réduire sa dette".

L’équipe muni­ci­pale élue en 2015 à la surprise générale, avec à sa tête la magis­trate retraitée Manuela Carmena, issue du mouve­ment des Indignés, a pour­tant trouvé une situa­tion parti­culièrement délicate, marquée par un lourd endet­te­ment et une poli­tique de construc­tion sans frein : "la précédente muni­ci­pa­lité [ndlr : Partido popu­lar, conser­va­teur] avait rendu construc­tibles l’ensemble des terrains. Et 80 % des espaces publics étaient réservés à la voiture", pointe Ariella Masboungi, Grand Prix de l’urba­nisme 2016, concep­trice et anima­trice de l’atelier.

A partir de 2015, les grands projets immo­bi­liers et urbains sont suspen­dus, renégociés à la baisse ou réorientés. Comme sur le site Mahou-Calde­ron, sur le foncier d’une bras­se­rie et de l’ancien stade de l’Atlético de Madrid. Un premier projet signé Carlos Rubio Carvajal, constitué d’un macro-lot de deux tours de 36 étages et sept tours de 20 étages, avait été annulé à la suite d’un recours des rive­rains en 2012. Il a été forte­ment dédensifié en 2015, après négocia­tion entre les propriétaires et la Ville. Le projet d’Enrique Bardaji, soumis à concer­ta­tion, a connu une nouvelle baisse des hauteurs, la suppres­sion d’une voie et de certains bâtiments, et le dévelop­pe­ment des espaces verts et collec­tifs. Début des travaux prévu en 2020.

Renou­vel­le­ment urbain et lutte contre la pollu­tion

La priva­ti­sa­tion des services publics est stoppée, tout comme les expul­sions. Renou­vel­le­ment urbain et refonte des mobi­lités deviennent des prio­rités. "L’améliora­tion de l’effi­ca­cité énergétique de plus de 24 000 loge­ments depuis 2016 a permis de ne plus émettre 38 000 tonnes de CO2", souligne José Manuel Calvo del Olmo, adjoint au dévelop­pe­ment urbain durable. "Par ailleurs, nous appliquons des restric­tions de circu­la­tion en cas de pic de pollu­tion, mais surtout nous nous efforçons de chan­ger la culture de la mobi­lité. Aujourd’hui, seuls 24 % des Madrilènes utilisent leur voiture tous les jours". La contrainte du Plan gene­ral de orde­na­cion urbana (1985, révisé en 1997), conçu pour favo­ri­ser un dévelop­pe­ment urbain secto­risé en période de forte crois­sance écono­mique, ne semble pas être un obstacle pour l’élu : "si on a une stratégie claire en tête, on peut agir !".

"Nous avons eu de la chance car notre mandat a démarré quand commençait la reprise écono­mique en Espagne", reconnaît la maire Manuela Carmena. "Nous avons pu faire des inves­tis­se­ments raison­nables sans deman­der de crédit". Cepen­dant, le mandat muni­ci­pal ne dure que quatre ans, et certains effets de cette stratégie ne pour­ront être visibles que dans un second temps, comme la produc­tion d’un millier de loge­ments sociaux par an. Manuela Carmena a annoncé au mois de septembre qu’elle sera de nouveau candi­da­te… "Aujourd’hui, nous connais­sons mieux les rouages de l’admi­nis­tra­tion, nous pour­rons conso­li­der ce qui a été lancé. Nous avons jeté les bases d’un nouveau modèle", estime José Manuel Calvo.

Rééquili­brage terri­to­rial

Madrid couvre 600 km2 (taille compa­rable aux 800 km2 de la Métropole du Grand Paris) et compte 3,2 millions d’habi­tants (dans une aire métropo­li­taine de 6,3 M d’hab.). Elle est marquée par un déséquilibre social entre le nord et le sud, et présente "une couronne défavo­risée face à un centre très attrayant", décrit Silvia Villacañas Beades, direc­trice générale de la plani­fi­ca­tion stratégique et pilote du programme Madrid Recu­pera (Mad-Re). "Au centre-ville : le système de loca­tion de vélos ; au centre-ville : l’analyse des données de pollu­tion…".

Dans le cadre du programme Mad-Re, 119 "Aires prio­ri­taires d’impul­sion de la régénération urbaine" (Apirus) ont été définies. Elles abritent 43 % de la popu­la­tion madrilène. Chaque arron­dis­se­ment est considéré comme une ville, où doit être iden­tifié un centre et où sont détectées des "zones d’oppor­tu­nités" (espaces vides ou obsolètes). Sont égale­ment iden­tifiés des réseaux "de proxi­mité" (petits équipe­ments de la vie quoti­dienne), "envi­ron­ne­men­tal" (trame verte), "d’iden­tité" (patri­moine et espaces symbo­liques) et "de mobi­lité". Cette analyse a duré près d’un an, en impliquant forte­ment les habi­tants pour mobi­li­ser leur exper­tise d’usage. "Nous avons demandé aux habi­tants de penser pas seule­ment à leur maison, mais à leur arron­dis­se­ment et donc à leur ville", souligne Silvia Villacañas. Résultat : 375 projets en matière d’aménage­ment, d’espaces publics, de régénération des quar­tiers, de mobi­lité et d’envi­ron­ne­ment, à appliquer en 12 ans, pour un coût de 730 M€. La mairie mobi­lise différents outils : parti­ci­pa­tion au concours Rein­ven­ting Cities (orga­nisé par l’asso­cia­tion de villes C40), création d’itinéraires piétons struc­tu­rants, concours pour améliorer les places "iden­ti­taires" avec les rive­rains…

Par ailleurs, un plan de réhabi­li­ta­tion de 350 M€ par an est en prépara­tion ; "une prio­rité du prochain mandat sera de cher­cher des finan­ce­ments", indique la direc­trice de la plani­fi­ca­tion.

"Espace essen­tiel de la démocra­ti­sa­tion d’une ville et instru­ment de création d’un senti­ment citoyen", selon les mots de José Luis Infan­zon, direc­teur général de l’espace public, des travaux et des infra­struc­tures, l’espace public fait l’objet d’une stratégie de valo­ri­sa­tion suivant six inva­riants : la conti­nuité (pour "créer un système supérieur à la somme de ses parties", à l’exemple de Madrid Rio, parc de 120 ha et 7 km le long de la rivière Manza­nares, aménagé au-dessus de l’auto­route M-30, en partie enfouie dans les années 2000) ; la poly­va­lence ; l’acces­si­bi­lité (exemple : la trans­for­ma­tion de la Gran Via, rue struc­tu­rante à 2x3 voies du centre histo­rique, dont deux voies ont été supprimées pour élargir les trot­toirs et faire une place aux vélos) ; la dura­bi­lité ; la lisi­bi­lité ; la stabi­lité formelle (éviter une multi­pli­cité d’éléments et de matériaux).

Le citoyen au cœur des projets

S’ils ne prononcent pas le mot d’"empo­werment", les respon­sables madrilènes se réfèrent constam­ment à cette "mise en capa­cité" des citoyens. Ils démulti­plient l’expérience des "labo­ra­toires citoyens" nés au début des années 2000. L’initia­tive Mares, dans le centre et trois arron­dis­se­ments de périphérie, propose à des popu­la­tions exclues de se regrou­per dans des "commu­nautés d’appren­tis­sage" : "on les encou­rage à dévelop­per leurs bonnes idées tout en récupérant des espaces aban­donnés", explique Bernar­dino Sanz Berzal, direc­teur général de l’écono­mie et du secteur public.

Marcos Garcia, direc­teur du Media­lab, orga­nise des appels à projets ouverts débouchant sur la produc­tion de proto­types (tels cette barque en bouteilles de plas­tique), projets auxquels tout un chacun peut contri­buer. Maysoun Douas, respon­sable des écosystèmes de la Nave, décrit ce centre d’inno­va­tion sociale et écono­mique implanté au cœur du quar­tier périphérique de Villa­verde, dans une ancienne usine d’ascen­seurs, à la fois comme un outil de connexion des acteurs (entre­pre­neurs, cher­cheurs, rive­rains…), d’accélération d’initia­tives et de forma­tion aux tech­no­lo­gies numériques.

Plus générale­ment, "nous voulons placer le citoyen au centre de l’écono­mie et de l’action publique, l’inci­ter à se dévelop­per person­nel­le­ment et à parta­ger avec d’autres, enra­ci­ner l’écono­mie sur le terri­toire", en misant sur l’écono­mie sociale et soli­daire, indique Bernar­dino Sanz Berzal. Un fonds de 30 M€ doit encou­ra­ger des projets ayant un impact social.

Le portail de parti­ci­pa­tion citoyenne "Decide Madrid" compte 400 000 utili­sa­teurs. Pablo Soto Bravo, adjoint à la parti­ci­pa­tion citoyenne, à la trans­pa­rence et à la gouver­nance ouverte, en décrit le prin­cipe : "tout le monde peut faire une propo­si­tion ; si elle recueille 1 % de 'oui’, elle est soumise au vote des habi­tants. Plus d’un millier de décisions ont ainsi été proposées. Le code source de cette plate­forme est public".

Pour les projets d’aménage­ment, des "consul­ta­tions popu­laires" suivent un proces­sus origi­nal : d’abord l’enquête publique intégrant des ques­tions élaborées par les rive­rains ; puis le concours de maîtrise d’œuvre ; la sélection par le jury, prenant en compte le vote citoyen, des fina­listes, qui sont invités à retra­vailler leur propo­si­tion ; le choix du lauréat par le vote du public. Le remo­de­lage de la plaza de España a suscité près de 200 000 votes en 2017. Le projet retenu, "Welcome Mother Nature", de Porras La Casta Arqui­tec­tos et Estu­dio Guadiana, accorde une large place à la végétali­sa­tion.

"Ce qui fait le succès de ce type de plate­forme, c’est la perti­nence des décisions qui seront prises", tient à souli­gner Pablo Soto Bravo. Il espère, durant la prochaine manda­ture, "conso­li­der ce boule­ver­se­ment". Un chan­ge­ment cultu­rel qu’espère aussi réussir Manuela Carmena. Elle mise notam­ment sur le futur Palais des asso­cia­tions, à la Casa de Campo, "campus univer­si­taire asso­cia­tif pour apprendre comment construire le tissu d’une nouvelle société". Elle promeut égale­ment la parti­ci­pa­tion en matière de construc­tion réglemen­taire : "à la mairie, nous n’adop­tons aucune norme sans un proces­sus parti­ci­pa­tif". Et n’est pas décidée à aban­don­ner ce travail à des profes­sion­nels : "ce sont les respon­sables poli­tiques des villes qui doivent être les leaders de la parti­ci­pa­tion".

Le prochain Atelier projet urbain aura lieu au mois de juin 2019 à Lens Eura­lens, autour du thème des "IBA à la française". (MCV)

A lire : "Madrid – Soli­da­rité, parti­ci­pa­tion, créativité", Ariella Masboungi et Antoine Petitjean, Ed. Parenthèses, oct. 2018, 192 p. 24 €.

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