d'a n°288
Si singuliers, si différents, si proches

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Edito du mois

Si singuliers, si différents, si proches

Rarement numéro de d’a aura suscité autant d’intérêt que celui consacré en cet hiver à « une certaine tendance de l’architecture française1. » Il y avait un risque à regrouper, selon une grille de lecture établie a priori, des pratiques et des agences qui n’avaient pas vraiment manifesté leur appartenance à tel ou tel courant. Aussi laudatifs que furent les commentaires, ils n’en demeuraient pas moins critiques sur l’opportunité ou non de circonscrire un mouvement architectural, surtout quand celui-ci ne représente qu’une part infime de la production et que sa définition demeure largement ouverte. Mais l’attribution mi-mars du prix Pritzker à Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal est venue en quelque sorte confirmer l’hypothèse que nous formulions alors d’avoir placé la pratique de ces architectes comme dénominateur commun de cette nouvelle génération qui s’impose aujourd’hui.

Le destin a fait que disparaissait la même semaine une figure majeure, mais aujourd’hui en partie tombée dans l’oubli, de l’architecture française : Henri Gaudin. Un architecte dont l’œuvre, écrite comme construite, pourrait être érigée en contrepoint absolu avec le travail d’Anne Lacaton et de Jean-Philippe Vassal et de l’actuel courant que nous avions baptisé : simple, c’est plus. Henri Gaudin aura, plus qu’aucun autre, réintroduit l’idée qu’une architecture ne peut exister en elle-même, qu’elle ne peut advenir sans l’instauration d’un dialogue intense avec l’environnement qui l’accueille. Et pour lui, la concrétisation de cette rencontre ne pouvait prendre sens que par un travail patient, savant et poétique sur la forme.

Mais aussi profondément éloignées que peuvent apparaître ces deux visions de l’architecture, certaines choses essentielles les rapprochent étonnamment : aucun d’eux ne se rattache à une école ou mouvement, ayant moins tiré leurs enseignements de l’histoire académique de l’architecture que de l’observation du monde et de sa vivante trivialité – les bâtiments agricoles, les cultures africaines, les ports, la ville médiévale et baroque… D’un point de vue plus purement architectural, on pourrait également dire qu’ils refusent chacun de considérer l’espace habité selon l’opposition entre intériorité et extériorité, préférant exacerber la complexité d’une porosité entre dedans et dehors, même si les réponses qu’ils apportent sont évidemment radicalement différentes.

Alors, tandis qu’irrémédiablement s’impose le joug des codes de l’industrie culturelle, il nous faut travailler à rendre toujours possible l’émergence de telles personnalités, aussi singulières que différentes.

Emmanuel Caille

 

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