19
octobre 2017

Le modèle berlinois ou comment faire face à l'imprévu

Projets urbains
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Multipolaire. Créative. Rebelle. Résiliente. Pauvre (mais sexy !). Difficile de cerner la capitale allemande, du Berlin doré des années 1920 aux projets iconiques de la période de la reconstruction critique, en passant par les expérimentations de la vague fonctionnaliste, et ses vides, chargés d’histoire. Inutile donc de chercher une cohérence. La seule division de la ville en deux constitue à elle seule l’une des plus grosses incohérences de notre Histoire. Incohérente ? Plutôt Anarchique, en réponse à son histoire chaotique. Car Berlin a tenté, au rythme des nombreux chocs subis durant un siècle, de s’adapter. Aujourd’hui, les défis auxquels elle doit faire face sont tout autres. Il est fort à parier qu’elle n’y répondra pas sous n’importe quelles conditions.

"Berlin, le génie de l’improvisation". L’ouvrage réalisé sous la direction d’Ariella Masboungi, Grand prix de l’urbanisme 2016, est évocateur. Il a, en outre, donné lieu à un Atelier Projet urbain, conçu par l’auteure, et organisé en partenariat avec le groupe Innovapresse (éditeur de Décideurs d'Ile-de-France). L’atelier, les 18 et 19 septembre derniers, a permis à quelque 200 participants - élus, architectes, urbanistes, aménageurs… - de comprendre un peu mieux les enjeux d’une ville en pleine mutation, qui, certes, s’ose à l’improvisation, mais garde la mainmise sur les grandes orientations d’aménagements urbains. Deux jours pour essayer d’en savoir davantage sur les méthodes de l’administration berlinoise. Et en guise de réponse, un état d’esprit plutôt qu’une méthodologie précise. Comme l’explique Regula Lüscher, urbaniste en chef de la capitale allemande, "nous devons réglementer, certes, mais pas trop. L’improvisation nécessite un cadre, mais pas une loi, pour que lignes bougent et ne soient pas gravées dans le marbre".
Une agilité qui n’a pas échappé à Paul Delduc, directeur général de l’aménagement, du logement et de la nature (DGLAN), venu conclure ces deux jours d’immersion. "L’adaptabilité est votre force. L’erreur ne vous déboute pas. Vous arrivez à remettre de l’intelligence tout le temps, en définissant des principes et non des règles". "L’improvisation, oui, mais toujours sur des bases solides", comme "une capacité à surfer sur des opportunités". Et les opportunités ne manquent plus. Berlin, capitale aux 60 Md€ de dette, connaît un regain d’attractivité économique depuis une dizaine d’années. Difficile dans ce cas de ne pas céder à la pression des investisseurs. Celle qui attirait, notamment, pour ses logements bon marché, fait face à la spéculation foncière et immobilière comme n’importe quelle autre capitale européenne. Elle "n’est plus une aire de jeux, mais une terre d’investissements", souligne la sénatrice en charge de l’urbanisme, Katrin Lompscher. Les quartiers les plus populaires n’échappent pas à la gentrification.
Le foncier se fait rare, et cher, corollaire d’une croissance démographique lancée vitesse grand V. A Berlin, où 80 % de la population est locataire, les logements font défaut. L’administration doit construire, tout en protégeant ses administrés de la hausse des loyers. Et trouver l’équilibre entre le nécessaire mais sensible besoin de densifier. S’ajoutent à l’équation l’accueil des réfugiés (en 2015, Berlin a accueilli près de 80 000 migrants), la gestion du tourisme de masse, ou encore le projet métropolitain… Alors, quelle est la meilleure façon de faire la ville ? "C’est la façon dont on fait les choses aujourd’hui ; on tente et on voit ce que ça donne". Audace et prudence. La réponse de Regula Lüscher est à l’image des conditions dans lesquelles les projets d’aménagements sont élaborés. Car tous, ou presque, ont une crainte : que Berlin perde son ADN dans les affres de la globalisation.


Des logements pour tous 
Environ 3,6 millions de personnes vivent à Berlin. La ville gagne entre 40 000 et 50 000 nouveaux habitants par an. D’ici à 2030, il faudra loger 200 000 têtes supplémentaires. La construction de logements constitue un défi majeur dans une ville où seulement 1 % du parc résidentiel est vacant. Construire oui, mais à prix soutenables pour endiguer l’exclusion des populations jeunes et en difficultés. A Berlin, les quartiers défavorisés n’ont pas atteint le niveau de stigmatisation que l’on observe dans nos banlieues françaises. Pour conserver cet atout, la Ville doit mener une politique volontariste... (retrouvez la suite de l'article dans le prochain numéro de Traits urbains, à paraître en novembre). 

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